A way to reach out

Some mistakes get made

♦ Je me demande comment hiérarchiser la douleur. Quand on souffre, on sait généralement distinguer la souffrance physique et psychologique parfois liée. On imagine aussi facilement que la souffrance liée à une gêne n’est en rien comparable à un deuil par exemple. Néanmoins, tout est dans la nuance : si ma gêne est continuelle, j’aurai plus de difficulté à la placer en dessous d’un deuil, pour plusieurs raisons d’ailleurs : elle peut m’empêcher de réaliser tel projet ou j’aurai du mal à entretenir des relations longues… Elle m’impactera plus ou moins fortement dans la vie de tous les jours, et c’est précisément ce qui me gêne depuis que j’ai entendu le monologue (sensé être un débat) de mon professeur de philosophie. Selon lui, la psychologie contemporaine/moderne (je ne me souviens plus de l’adjectif) existe dans le but de remettre un individu dans les rouages sociaux en l’étiquetant sous tel trouble/maladie, sans vraiment s’occuper de l’origine même du problème, pratique qui relève plus de la psychanalyse. En grossissant le trait, ce serait comme avoir un moulin. Au début, on pose les sac de farine au sous-sol mais on réalise qu’il est infesté de rats alors on le pose au premier étage. Peut-être que dans les premiers mois il n’y aura aucun dégâts, pourtant la menace est toujours présente et il se peut qu’elle réapparaisse. En ce sens, pendant quelques mois le moulin peut fonctionner correctement mais il finira par subir le même problème et sans en reconnaître l’origine, on peut persévérer dans l’erreur : monter les sacs de farine de plus en plus haut mais un jour il faudra bien remédier à la nuisance puisque à force de stocker les sacs de farine si haut, on perdra de plus en plus de temps qu’on aurait pu investir à agrandir le moulin, à chasser les rats… Cette pratique est donc presque contre-productive et elle ne fait que repousser l’échéance qui, plus elle est prend de retard, provoquera une explosion bien plus dommageable.
J’ai eu un vrai choc quand j’ai entendu ce point de vue la première fois, parce que j’ai toujours pensé à cette phrase : "est-ce que ma souffrance actuelle me gêne dans ma vie quotidienne ?". Parfois effectivement, c’était le cas mais d’autre part elle n’a fait qu’évoluer dans le temps. Faut-il forcément attendre qu’une souffrance prenne ces proportions pour se faire aider ? En même temps, je comprends qu’il fait qu’il y ait des dommages pour se rendre compte qu’effectivement il y a un problème.
J’ai incroyablement de mal à comprendre ce qui relève de la souffrance, et ce qui n’est qu’une mauvaise passe, surtout quand j’entends : "Tu le sais au fond de toi" ou encore "Toute souffrance mérite qu’on s’attarde sur elle, même les plus petites". Mais une petite souffrance, qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que c’est que souffrir, à partir de quand on souffre ? J’ai souvent lu "au bout de deux semaines minimum pour une dépression" et on a qualifié ma dépression de "petite" dépression.
D’autre part, ces critères aussi me paraissent très… Superficiels. Au final, tout dépend de l’individu et de la vie qu’il a eu et on peut penser que celui qui sait si on souffre ou pas, c’est nous. Mais en ce qui me concerne, je doute de tout et je me demande sans cesse si ma souffrance est légitime et même si elle existe et si ce que j’interprète comme une souffrance n’est pas en vérité la vie de Monsieur/Madame tout le monde.
J’ai aussi finit par intérioriser le fait que j’étais responsable de mon propre état et que j’étais la seule à pouvoir arranger ma situation, ce qui représente une pression supplémentaire : je ne peux compter que sur moi parce que j’ai été déçue des autres alternatives. Evidemment, même si je me suis renseignée, je n’ai pas tout testé. Avec la nuance : je ne peux compter que sur moi-même jusqu’à/à condition de...
D’autre part (oui, encore), j’ai tendance à beaucoup réfléchir voire à tourner en rond inutilement et c’est ici depuis si longtemps que vivre une vie "simple", que je convoite en réfléchissant de la sorte, me paraît impensable puisque ce train de vie romprait avec mon quotidien. En fait, en étant "heureuse" au sens commun du terme, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose. Ce qui m’amène à un autre sujet : est-ce qu’être tourmenté est ma définition du bonheur ? Mon bonheur étant la satisfaction de mon désir profond de réfléchir tout le temps, toujours, et donc être malheureuse étant donné que je réfléchis "mieux" quand je suis impliquée négativement, ou du moins j’arrive aux conclusions qui me plaisent qu’en étant dans cet état d’esprit. En ce sens, est-ce que je cherche à être malheureuse pour pouvoir me donner une excuse pour réfléchir ? Dans ce cas, ma souffrance n’est pas réelle et mes conclusions ne sont pas véritables puisqu’elles ne sont que le produit de mon biais de confirmation. Le biais de confirmation étant… Par exemple, un chercheur veut prouver une hypothèse par le biais d’une expérience alors inconsciemment, il va ignorer ce millimètre en trop qui infirme sa conjecture. Donc fondamentalement, son expérience n’a aucun intérêt mais son résultat ne lui crée pas un conflit intérieur. Peut-être que finalement, je ne souffre pas vraiment mais que je veux éviter la véritable souffrance qui serait de voir la vie comme est l’est et pas par une glace déformante constituée par mes propres espérances. Si on prend un exemple : il m’est plus facile de voir une relation s’effriter parce que "de tout façon" l’autre allait me trahir et de porter le blâme sur lui plutôt que d’y croire et de faire en sorte que ça marche. D’ailleurs on remarque que ces personnes pensent souvent que le pire va arriver quand tout va bien et qu’à cause de leur appréhension, la relation devient un échec : je préfère avoir à accepter quelque chose auquel je m’attendais plutôt qu’avoir à me questionner sur pourquoi je pensais que ça allait arriver.
Mais donc, espérer la souffrance pour être heureux signifie tout de même qu’on souffre, dans ce cas comment savoir si je souffre à cause de moi ou par une cause extérieure ? Dans le premier cas, ma souffrance est sous contrôle donc je ne risque pas, à priori, de m’enliser dans quelque chose hors de contrôle.
Mais dans le cas où la cause est extérieure, je peux choisir de l’accepter cependant rien ne me dit que je saurai m’en détacher surtout à cause de cet impératif que je semblerait m’être imposé : toujours aller à contre courant. Si on me dit d’agir de telle façon, il est fort à parier que je ferai l’inverse. Parfois, je me dit que c’est la "fougue" de la jeunesse, cliché pitoyable… C’est une découverte très récente que j’ai fait à propos de moi-même, cette habitude, je pensais que c’était en moi mais c’est discutable. Est-ce réellement ma propre opinion ou juste les conséquence d’un effet (ça doit porter un nom, mais je ne l’ai pas trouvé). Parfois j’ai peur d’aller trop loin dans l' "originalité" (qui n’en est plus si tout le monde le fait), de me perdre entre ce que j’aime et ce que je pense que je devrai faire. En même temps, cette pulsion est très belle, je pense notamment aux mouvement littéraires, généralement totalement opposé au précédent. Cette pulsion peut être le vecteur d’idées formidables, encore faut-il être attaché à l’idée et ne pas s’y accrocher simplement pour "ne pas faire comme tout le monde". Alors pour l’instant, à défaut de savoir ce qu’il en est, je garde mes idées, je les modifie/supprime avec le temps, je ne m’expose qu’à mon propre jugement, aussi biaisé qu’il soit.
Tant pis.
Ou tant mieux, qui sait.
Qui sait…