A way to reach out

My fair Lady

♦ J’ai proposé mon aide à une fille de ma classe en littérature. Depuis le début du confinement, j’ai proposé mon aide à mon cercle de connaissances proches et on me le rend bien même si je ne m’y attendais pas. Cette fille à qui j’ai proposé de l’aide, mon Amie ne l’apprécie pas particulièrement. Intéressée par mon approche en philosophie en particulier (parce que je m’en sors bien dans la matière), elle me posait des questions sur mes notes, m’encourageait à participer. Fondamentalement et même si elle ne le montrait pas, j’ai vite compris qu’elle était compétitrice et elle m’a rappelé celle que j’étais avant mon année de première. J’avais confiance en mon intelligence et les autres, par leurs compliments, n’étaient qu’un moyen de m’ancrer à un trône où j’étais sensée rester. Je lui ai proposé mon aide parce que je n’ai pas envie qu’elle descende de son trône. Du moins, pas maintenant. Je n’ai pas envie de voir de personnes souriantes à l’accoutumée être en pleine crise existentielle. Je n’ai pas envie de voir mon monde changer avant les grandes vacances, parce que ce n’est pas ce qui était prévu.
Alors quand elle a expliqué pendant le cours en classe virtuelle qu’elle était découragée, je lui ai envoyé un mail. Je lui ai proposé mon assistance, en contrepartie je lui ai proposé de m’aider en philosophie parce que mes notes sont basses en ce moment, pour ne pas la froisser. Finalement, j’ai fait passer mon intervention sous l’étiquette "échange de bons procédés" : je ne compte pas lui demander de m’aider mais si j’y gagne autre chose, tant mieux.

Accepter de l’aide quand on a l’habitude d’en donner est affreux, c’est comme descendre de son piédestale. On m’a éduqué de manière à le penser et je l’ai vécu comme tel. J’ai compris l’inutilité de l’aide des autres quand elle s’est confrontée à mes espérances trop exigeantes, ce qui est idiot quand on y pense : on demande de l’aide, la qualité de l’aide n’a pas à entrer en ligne de compte. En ce sens, je ne me suis rarement plains de l’assistance qu’on m’a apportée (il ne manquerait plus que ça) bien que je l’aie méprisé en mon fort intérieur. Dans la même lignée, j’ai rarement demandé un appui jusqu’ici : soit que je le considérais comme acquis (je rendais souvent service donc il était normal pour moi qu’on fasse un bon geste à mon égard), soit que je n’en avais pas besoin, soit que j’ignorais mon mal-être (et donc l’urgence qu’il y avait à demander de l’aide).
Puis il est arrivé cet événement en première et j’ai arrêté de fréquenter le même établissement. Presque tous les jours, j’avais droit à un "ça va ?" de la déléguée de classe par Snapchat, une personne que je ne fréquentais quasiment pas. Au début, je ne répondais pas mais encore, mais toujours : "ça va ?". J’ai fini par répondre "oui", espérant qu’on me laisse, enfin. Je me doutais qu’elle m’écrivait parce que c’était son travail de déléguée de classe que de s’assurer du bien-être de ses camarades, mais elle n’a pas arrêté jusqu’à ce que mon non-retour ne soit annoncé. J’ai détesté que sa question soit toujours la même, automatique, ridicule, inutile : évidemment que je n’allais pas bien, sinon je n’aurais pas abandonné les cours du jour au lendemain. J’ai détesté la piètre qualité de son aide qui a fini par être une nuisance, l’école me poursuivait jusqu’à chez moi. J’ai détesté le fait qu’elle me fasse espérer qu’un jour elle engagerait une véritable discussion. Néanmoins, j’ai ce doute. Peut-être qu’elle voulait m’aider mais qu’elle n’a jamais eu le courage d’aller plus loin que "ça va ?".
Depuis cette période, je n’ai pas demandé à mes parents de racheter un téléphone portable tactile. J’ai ce téléphone de dealeur, de vieille dame, de Shirley Souagnon. Et puis j’ai révisé mon avis sur l’aide :
- J’aiderai les autres si ça me donne une bonne image de moi, si on me le demande et si je suis capable de le faire sans rien espérer en retour.
- Je ne demanderai pas d’aide si j’espère plus que ce que l’autre est capable de me donner.
- Je refuserai l’aide qu’on me propose si j’ai la capacité immédiate de m’en sortir pour ne rien avoir à devoir.
- Je ne pardonnerai pas celui qui me promettra plus qu’il ne peut m’aider en réalité.
Je ne vois pas quel est le but de ces gens, c’est pathétique. Evidemment, il faut savoir apprécier le peu d’aide qu’on nous offre mais promettre plus qu’on ne peut faire, c’est tendre une corde qui va presque lâcher à quelqu’un qui s’apprête à quitter son bout de roche pour se faire remonter. C’est donner une illusion et faire tomber l’autre dans le ravin. C’est, par son intervention, priver celui qu’on veut aider de bénéficier des capacités d’un autre plus compétent. Autant promettre peu et donner peu, mais j’ai l’impression que pour la plupart c’est faire preuve d’une honnêteté indicible sur ses propres capacités et sur son égoïsme. « On fait les pires choses avec les meilleures intentions du monde ». Je pense que c’est faux. On fait les pires choses si on prétend avoir les meilleures intentions du monde, si on se voile la face. Quand on a de bonnes intentions, on voit précisément les conséquences de chaque acte pour chaque parti, parce que dans l’aide : quelqu’un perd et l’autre gagne. En général, celui qui porte assistance perd du temps et il est récompensée par la gratitude de l’autre ou bien il s’auto-satisfait. L’autre gagne ce pourquoi il a demandé de l’aide, mais il accepte de se placer en une place inférieure à celui qui lui porte secours sur un point. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on ne veut plus que la satisfaction sans aider, on veut se déguiser en auxiliaire quand ça nous arrange. Pour conclure, je déplore ceux qui prétendent aider pour eux-mêmes et au détriment du nécessiteux. Du moment qu’on est efficace, peu importe la raison cachée, de mon point de vue c’est de l’aide. À partir du moment où il n’y a rien de cela mais qu’on garantie une assistance, c’est de l’hypocrisie puis une trahison.