A way to reach out

Lover is a Day

♦ This place is just somewhere for me to whine.
Est-ce que j’ai écrit ici que je pensais être autiste Asperger ? Si non, eh bien c’est fait. Hier et encore aujourd’hui, je pense que j’ai été en shutdown, puis en meltdown. Je suppose que c’est difficile à faire comprendre à ceux qui n’en n’ont pas vécu. Un shutdown, si je cite https://www.philosophine.fr/, c’est en gros… Enfin, non. Parlons de moi, vous ferez la comparaison si vous en avez envie.
Hier, je me suis levée épuisée, comme de nombreux matins. J’ai voulu être enjouée alors j’ai souris. Apparemment, si on a envie d’être content, il faut commencer par sourire même si on en a pas envie. Ce jour-ci, ça n’a pas marché. J’ai parlé avec mes parents pendant le petit-déjeuner (qui était le déjeuner pour eux) puis, exténuée, j’ai été me recoucher… Enfin, je scrollais sur Instagram. Et concrètement, je n’ai quasiment pas pu me relever de la journée. Après une friction avec mon petit frère, je me suis traînée jusqu’à une chaise de jardin. Quand on me demandait si ça allait, je ne pouvais pas parler. J’avais envie que les mots sortent sans que j’ai à ouvrir la bouche. J’étais épuisée et ça ne faisait que deux ou trois heures que j’étais levée. La chaise de jardin est collée à un mur mitoyen qu’on partage avec la voisine asiatique. J’avais la tête face au mur, et j’observais les quelques fourmis qui passaient, ou simplement les crevasses. Je n’arrêtais pas de penser, penser, penser. Idéalement, je serai sortie pour marcher, mais j’étais trop fatiguée pour faire quoi que ce soit. D’un œil extérieur, je faisais peut-être un peu peur. J’étais en train de fixer un mur, recroquevillée en position fœtale. Concrètement, pendant au moins une heure, je n’ai pas bougé mais c’est à partir d’une demi-heure que j’ai commencé à pleurer. J’avais des pensées du genre : "Mais là, tout de suite, j’ai envie de nourrir des animaux dans une ferme, alors qu’est-ce que je fous là ? J’ai raté ma vie". Evidemment, ça n’a pas de sens puisque je n’ai que 18 ans. J’ai aussi pensé : "Dans quelques mois, je vais me lancer dans des études que je n’aime pas (du droit). Je vais me retrouver dans un amphi avec des centaines de personnes dans une université que je n’aime pas. Je vais jamais réussir dans ces conditions" et, de nouveau : "J’ai raté ma vie".
Ensuite, j’ai réalisé que c’était le premier jour de mes règles et chez certaines femmes, il y a des idées dépressives pendant le syndrome prémenstruel. Bingo, c’est tombé sur moi. Je me suis dit : "Si je dois faire des mini-dépression chaque mois jusqu’à soixante ans, je vais crever avant, c’est sûr".
Malgré ce constat et un Doliprane, je ne me suis pas sentie mieux. Et puis j’ai réalisé. Ce matin-là, il y avait beaucoup d’agitation, de bruit. Je gère très mal le bruit. Mais… Affreusement mal, à tel point que je pense être misophone. Je me réveille, bruit de machine à laver, mère qui crie, frère qui se plaint, des gens qui courent dans cette maison de poupée, le lapin, les pas, le bruit, le bruit, le bruit. Et puis la veille, je me sentais triste aussi et j’ai un truc pour ça : regarder des vidéos de personnes en dépression. C’est mon truc. Au début, je me sens comprise et ensuite ces personnes abordent des… Symptômes ? Des symptômes que j’ai eu dans le passé mais que je n’ai pas aujourd’hui et ça me rappelle l’époque ou j’étais bien au fond du trou et finalement, ça me met encore plus mal qu’au début.
Enfin, cette journée avait tout pour être parfaite.
Après le shutdown, le meltdown. En fait, je ne sais pas si j’étais dans un shutdown très violent ou dans un meltdown que j’ai miraculeusement réussit à contrôler. Quoi qu’il en soit, j’ai eu de plus en plus de crises de larmes. Ah… Oui, j’ai beaucoup pleuré hier maintenant que j’y pense. Donc, crises de larmes et envie suicidaire. Pensées du genre "J’aurai pas dû naître ?... Et quand on voit ce que j’ai fais de ma vie… Fondamentalement, je ne peux pas supporter la vie en tant que telle". Je parle de contrôle miracle parce que dans cette maison minuscule (enfin, plutôt : mal agencée) dans laquelle je vis avec trois autres personnes, personne n’a eu l’air de remarquer mon désespoir. Ma mère pensait que je faisais encore un caprice, mon père pensait que j’étais malade, mon frère est sorti. Contrôle miracle parce qu’hier, j’ai commencé à rédiger une lettre de suicide, sans pleurer. Enfin, avant ça, j’avais… Je n’ai qu’à me citer : "Je viens de manger la salade que M a préparé pour le barbecue en pleurant. Je ne sais pas si c’est grâce à mes larmes, mais elle était délicieuse. Pendant que je mangeais, j’ai pensé : « Si P entre dans la pièce et qu’il me demande pourquoi je pleure, je lui dirai : C’est parce que c’est la meilleure salade du monde, ce qui est totalement faux, mais bon. L’art pour l’art. »" Donc, j’ai mangé une salade (spoiler : personne n’est entré dans la cuisine à ce moment).
J’ai rédigé le début d’une lettre de suicide, il était vers dix heures du soir. C’était un sentiment très étrange. En fait, j’ai pensé plusieurs fois au suicide mais je suis trop lâche pour faire quoi que ce soit. Je n’accorde pas beaucoup de crédit à ma mort. Pour moi, ce n’est pas un "big deal". Mais hier, j’avais entre les mains ce truc qui me permettrait de faire une overdose sans douleur. C’est important de mourir sans douleur pour moi, douleur physique (j’entends). C’est la première fois que j’étais si près du but.
Mon calme m’a sidéré. Apparemment, en meltdown, on devient presque hystérique (j’ai vécu des meltdown avec crise de stéréotypie, d’ailleurs "Banshee" était peut-être un meltdown). Mais là… Un calme étonnant, presque gênant, effrayant.
Au bout d’un moment, j’ai décidé de rentrer mon coq dans sa maison (tout de même). J’ai pris mon premier comprimé de Xanax (il manquait déjà beaucoup de pilules, et pourtant il avait dit qu’il n’en prenait pas).
Ce matin, je me suis levée, j’avais bavé sur mon oreiller, j’étais rechargée. Je ne vais pas le réécrire puisque je me suis déjà confié à mon journal manuscrit, mais j’ai halluciné. J’étais en vie, et je n’avais pas aussi bien dormi depuis au moins une semaine voir un mois (en vérité, depuis presque le début du confinement… je crois, je ne sais pas, je ne sais plus). C’est donc ça, l’effet d’un médicament ?
En conclusion… J’écris parce que ça fait beaucoup de premières fois pour moi en si peu de temps. D’ailleurs, j’ai beaucoup de premières fois qui se pointes toutes en un jour. Enfin, ça paraît logique : première fois, donc réactions inédites. Je suis surprise par la situation, et par mon comportement. C’est la première fois que je prend un médicament pour un truc qui n’est pas visible. Je me suis toujours dit que si j’en venais à me médicamenter pour ce qu’il se passe dans ma tête, je me suiciderai. Pourtant, si on m’écoute, j’ai plus de raisons de mourir que de rester en vie, alors pas la peine d’en faire une liste, quoi que j’ai dû en faire une dans mon journal manuscrit.
Je ne suis pas remis de cet épisode. Logique… ça fait un jour. Je vois bien que je suis au bord du gouffre depuis un moment déjà, mais bon. Au moins, mes parents sont sortis pour la journée. Il ne reste que mon frère qui va certainement sortir lui aussi. J’aime être seule comme ça. Vraiment c’est… Vide, et… Tout est sous contrôle. Je ne peux me reposer que dans ces courts moments.
J’ai pris une douche, parce que je ne sais pas quand est-ce que j’aurai la force de me relever. J’ai envie de dormir, mais si je dors, je ne dormirai pas cette nuit. Je vais juste rester étalée là, en fixant la fenêtre.
Au fait, ma mini expatriation à l’Île Maurice est annulée. Coronavirus oblige. J’y ai beaucoup pensé hier. Je n’aurai pas non plus ma formation à distance. Rien ne va dans mon sens en ce moment. Je savais que fonder tant d’espoir sur un projet si incertain était dangereux, mais puisque je n’apprends jamais de mes erreurs… Vous vous souvenez du lièvre ? Courir (trop vite)... Tomber (brutalement)... Se relever (comme un automatisme, je me demande quand est-ce que la machine va déconner)...