A way to reach out

LiiTCHii

♦ J’ai récemment recommencer à jouer à des jeux en ligne (environ une semaine). Il y a déjà un bon moment que je n’y avais pas joué. Depuis mon plus jeune âge, j’ai pris l’habitude de parler à des inconnus à travers mon écran au point de confondre cette vie avec mon quotidien IRL ("in real life"). J’étais plus à l’aise sur l’ordinateur : appréciée, entourée, douée. Tout le contraire de ma vie en cours par exemple. Un peu moquée, timide, je me fichais de mon apparence (en même temps, en primaire ce n’est pas spécialement une priorité normalement). Mais globalement, j’ai juste accepté cette position et je ne l’ai jamais remis en question. Je crois aussi que ça ne me dérageais pas spécialement puisque je n’avais pas connu autre chose.
J’ai quitté le jeu parce que tout mon groupe s’en allait (ils étaient tous plus âgés que moi et n’avaient certainement plus le temps pour mes conneries). Forcément, j’ai été marqué par cette épisode puisque c’était un aspect important de… Moi ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, j’ai déménagé et je suis entrée au collège, je ne suis plus retournée sur le site à partir de la cinquième. Enfin, jusqu’à il y a quelques mois.
Si j’ai appris quelque chose, c’est qu’il ne faut pas essayer de recréer le passé. Alors un jour, je suis retournée sur ce site d’avatars qu’on pouvait faire bouger, avatar permettant entrer en contact avec les autres. Un moment… J’ai simplement voulu, la durée d’un instant, retrouver ce que j’avais perdu. Mes ami/e/s de partout, ces discussions drôles qui n’allaient nul part, les pseudo relations que j’enchaînais sans réaliser plus tard ce que ça signifiait réellement. Mais non, je me suis retrouvée dans un espace où tout avait changé, les designs, les commandes… Les gens aussi. J’ai été embarquée dans une discussion de quadragénaires sur… Un débat ? Je crois qu’on était bien en dessous de ça… Un truc sur la PMA et les droits des personnes trans. Franchement, à ce moment j’ai juste touché le fond. Evidemment, pas à cause du sujet… Mais je crois que j’ai eu des émotions comparables à celles que ressent un(e) gars/meuf bourré(e) qui rappelle son ex pour savoir ce qu’il fait ce soir suivit directement celles d’un adulte d’âge avancé : "ça a bien changé".
Enfin, il faut dire que je l’ai bien cherché. Je savais exactement que ce ne serait pas du tout la même expérience. C’était semblable à ces fois où je retournais dans ma ville de naissance des années plus tard. Pourtant, j’ai cette ambition égocentriste de penser que les choses resteront comme je les aies laissé.
Et puis franchement, qu’est-ce que c’est que cette hypocrisie ? J’ai fuis ces lieux, ces personnes, cette vie. J’y retourne maintenant que je sais ce que j’ai perdu ? J’y retourne parce que sais seulement aujourd’hui que ma vie était plus supportable avant ? Associerais-je cette facilité à ces lieux ?
C’est plus fort que moi. Toute ma vie est construite sur ce processus. J’appelle ça des dimensions. C’est… Assez difficile à décrire. C’est un souvenir, mais plus profond que ça. Disons que ce sont les moments pivots de ma vie. Ils sont généralement associés à des personnes, à des lieux… Tiens, est-ce que je n’en aurai pas déjà parlé ici ? J’en sais rien, tant pis. Mais oui : ce sont des souvenirs associés à des personnes, des lieux, des sentiments forts et ce sont généralement des moments pivots de ma vie. Et puis jusqu’à l’année dernière, c’étaient plutôt des moments heureux de ma vie. Par exemple, la dimension de l’année dernière dans ce lycée de malheur m’empêche littéralement d’y mettre un pied. Rien que prendre le RER m’était impossible jusqu’à récemment parce que je l’identifiais au fait d’aller en cours là-bas. Je me sens nauséeuse, prête à m’évanouir, j’ai les larmes aux yeux parce que tous les souvenirs remontent. Un jour, je devais y aller pour rendre des livres à une de mes anciennes camarades de classe mais après avoir fait tout le chemin, j’ai fais demi-tour quand la cloche a sonné. D’ailleurs, je ne peux pas parler à cette fille, certainement pour les raisons citées ci-dessus, de sorte que je ne lui répond que tous les deux mois. J’ai envie de m’excuser mais je ne le ferai pas, parce que je sais qu’elle me parle uniquement par culpabilité. Enfin, ne nous y attardons pas plus : on a convenu que je lui enverrai ses livres par la poste. Voilà.
En ce sens, c’est peut-être l’effet contraire avec les lieux qui m’ont laissé une vive et agréable impression. J’éprouve une envie irrépressible d’y retourner même si je sais que je serai déçue. Tentative désespérée de récupérer mes moments prisonniers du passé.