A way to reach out

Hypocondrie intellectuelle

♦ Toujours en retard, j’ai appris aujourd’hui la fermeture de mon lycée "jusqu’à nouvel ordre". Mon enthousiasme a étonné, peut-être a-t-on pensé qu’il était indécent parce je sautais littéralement de joie. Premièrement, la semaine prochaine j’étais sensée avoir une semaine de BAC blanc et je n’avais préparé aucunes fiches (que je ne réutilise jamais d’ailleurs, je fais juste comme on me dit, sans comprendre). Deuxièmement, le lycée est vraiment pénible pour moi même si c’est plus supportable que l’année dernière - une sale époque, un désespoir intense. Il y a aussi d’autres raisons, minimes, non-explicitées mais que je mentionne pour les faire exister.
En rentrant des cours, je suis avec mon Amie et une membre du groupe qu’on a formé avec d’autres camarades de classe. "Vous allez trop me manquer !" dit cette dernière, "Alors maintenant tu montres tes sentiments ?" ironise mon Amie, plaisanterie qui laisse place à mon silence gêné. Elle ne me manquera pas, comment puis-je acquiescer ? Et cette formule, elle ne me dit rien. Qu’est-ce que ça signifie : "vous allez me manquer" ? Pourquoi est-ce qu’elle s’exprime si facilement sur un futur si incertain ? Est-ce un moyen de nous faire culpabiliser si finalement elle ne nous a pas manqué ?
Selon moi, le manque est une plainte spontanée sinon une affirmation rétrospective. Je n’arrive pas à concevoir comment on peut avancer avec autant de certitude qu’on éprouvera une émotion dont on ne contrôle pas la venue.
J’introduis régulièrement des définitions dans mes écrits parce qu’il me semble essentiel qu’on s’entende sur le sens des mots qu’on utilise. Je ne saisis pas pourquoi on ne me comprend pas, pourquoi on me dit "Tu te casses la tête pour rien". Je suis frustrée par ces individus qui appauvrissent volontairement leur discours pour ne pas "tout compliquer" ou, plus honnêtement : parler pour ne rien dire. Heureusement, ce n’est pas le cas de mon camarade de classe avec qui j’ai fais un débat hier sur la peine de mort et le port d’arme. Il a dit que ça nous servira d’entraînement, parce qu’on veut tous les deux faire du droit bien que dans mon cas ce n’est clairement pas une vocation, j’ai cru comprendre que lui non plus d’ailleurs. Je vois ces débats (parce qu’on a convenu de poursuivre et d’approfondir le premier) comme une façon de partager un point de vue et d’enrichir ma culture générale en faisant des recherches pour avoir des arguments solides. Malheureusement (parce qu’il faut voir les deux côtés d’une même pièce), cette personne semble clairement intéressée par des "questions politiques" (je crois que ça ne veut rien dire), alors que je suis plutôt orientée vers les questionnements philosophiques.
Néanmoins, je ne me fais pas d’illusions : notre prochain débat était sensé se dérouler le 26 mars mais mesure anti-pandémique oblige, cette fleur à naître restera certainement à l’état de bourgeon.
Je soupçonne COVID-19 d’être contre la liberté d’expression.