A way to reach out

Brown turns carmine

♦ Il y a une semaine environ, ma mère a trouvé une boîte de Xanax. Naturellement, elle s’est d’abord tournée vers moi. Ce qui est incroyable, c’est toujours son regard : le même que celui qu’on porterait pour signifier à un enfant qu’il a fait quelque chose de mal et qu’il ne faudra pas recommencer. Une violence pour effacer celle qu’on vient de subir.
Mais… Non, ce n’était pas moi.
Non, c’était mon père. Je me disais bien qu’il allait craquer à un moment ou à un autre à force d’être au milieu de chaque dispute mais apparemment pas du tout puisqu’il n’a pas entamé la boîte.
Officiellement, je suis la plus dérangée de la famille, celle qu’on cache. Je m’en fiche un peu, parfois ça m’arrange qu’on fasse ce rapprochement entre mes crises de nerfs et ce terme. Ce qui me plaît moins, c’est le regard des autres. Le véritable sens des mots y est enfoui.

Communiquer mes émotions n’est ni nécessaire, ni évident. J’ai beaucoup de mal à les exprimer par les mots bien qu’à certaine période elles se déposaient sur le papier, que j’y consente ou non. Souvent, ces métaphores/comparaisons étaient un soulagement. Sauf à "l’encre transparente", un liquide absorbé par le papier, qui ne me sert à rien s’il n’est plus capable de transporter les pensées envahissantes.
En revanche, les yeux ne me trahissent jamais quand il s’agit d’extérioriser, tout… Rien d’autre ne me paraît plus évident. Pour parler avec les autres, je préférerai idéalement que les mots n’aient pas l’importance qu’on peut leur accorder habituellement, généralement parce que je leur prête un rôle de précision qu’on ne comprend pas. Alors autant les décharner jusqu’à ce qu’ils ne soient plus utilisables, qu’on ne puisse plus compter sur eux si ce n’est pour qu’ils soient entiers seulement couplés aux signes du corps. Ainsi, selon l’expression du visage, un mot changerait totalement de signification. Ce serai comme donner une autre dimension à la langue, revenir à un essentiel fragile.
Je me sens agressée par des mouvements, des sons… C’est presque animal, une régression nécessaire puisqu’on ne parle pas mon langage. D’un autre côté, un événement presque banal pour quelqu’un sera une porte ouverte à milles souvenirs et réflexions. Moins qu’une bonne mémoire, c’est une collection inoubliable.
◊ Je ne pourrai pas oublier ces yeux inquiets à travers mes larmes. Une avalanche de mots n’aurait pas pu combler le vide que je ressentais comme il l’a fait.