A way to reach out

Adulthood

♦ Hier, j’ai demandé à mon père de fermer les portes de la voiture quand il écoute de la musique. Il l’a fait mais j’entendais toujours les basses et, privées d’écouteurs, rien ne me permettait de fuir ces vibrations intrusives malgré le fait qu’une porte me sépare du jardin et que j’ai des boules Quiès. Crise de larmes, hausse du rythme cardiaque, dents serrées… J’étais enragée. J’ai tapé sur la voiture, claqué des portes. Le peu d’énergie et de colère qui restait s’est retourné contre moi. Encore.
En ce moment, je me sens acculée comme une proie. Avant, mon avenir était incertain. Maintenant… Pleins de choses : la planète se décompose, les gens (même ceux qu’on pensaient sûrs) sont de plus en plus dangereux ou alors j’ai cette impression parce que dorénavant on pointe du doigt les violences usuelles, une erreur et c’est la fin… Plus je grandis, plus je découvre ce monde et ses travers. Plus je grandis, moins je supporte ces agressions quotidiennes. Je suis dépassée parce que ça a l’air de convenir à tout le monde, finalement.
J’angoisse clairement à l’idée d’entamer cette licence de droit. J’ai reçu ma carte étudiante, mon inscription est finalisée. Tout au plus, un investissement de 45 heures par semaine. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Peut-être que je ne pourrais même plus écrire dans mon journal (manuscrit), peut-être que je n’aurai plus de temps pour personne. J’ai pris la décision d’improviser une année sabbatique si je retombe en dépression (quasiment sûre selon les statistiques). Je retourne à l’île Maurice. À priori, si ça se termine comme ça, c’est la fin pour moi. Sans entrer dans les détails, je n’ai pas le droit à l’erreur. Redoubler est impossible. Une inattention et c’est la balle encastrée dans le crâne.
Ma mère a décidé de me virer de chez moi et de m’utiliser comme excuse. Depuis des années, elle cherche à avoir de nouveau un appart à elle. Il a suffit que je lui fasse part de l’idée qu’il me faudra un endroit calme pour étudier pour qu’elle s’élance dans des projets qui vont la dépasser. Résultat : elle a contacté une agence pour avoir un studio ridicule dans lequel elle veut qu’on habite ensemble. De mon côté, ça n’arrangera pas mes problèmes de concentration puisque de ma famille, elle est clairement la plus bruyante. Il faut que j’abandonne le peu de choses qui me rendent heureuse dans cette maison à savoir le jardin, mes animaux, la tranquillité globale de cette rue pavillonnaire. Je n’aurai même pas de calme ni de place et je serai privée de mes seuls déstressants...
Ce sentiment… Toute cette eau qui file entre mes doigts. Quand c’est concret, ça m’effraie parce que pierres par pierres, ça commence à peser et je lâche tout. Ce qui n’est pas excessif est ennuyeux et inutile tandis que ce qui l’est me rend le quotidien invivable.
D’ailleurs, je ne crois pas l’avoir écrit mais j’abandonne le diagnostique de l’autisme
dit "Asperger". Non pas parce qu’il ne me correspond pas, mais bien parce qu’il est extrêmement long, coûteux émotionnellement et énergétiquement, rend possible de nouveaux traumatismes… Je suis aussi une femme considérée adulte dite "racisée" et j’ai déjà été diagnostiquée comme ayant eu une dépression, ce qui minimise grandement mes chances d’être officiellement étiquetée comme "Aspie" et surtout… parce que ce n’est que le début. Après, il faut constituer le dossier MDPH (puisque j’ai surtout besoin des aménagements, l’aide sociale et financière m’importe tellement peu à côté...) ce qui est encore une autre histoire...
Si on résume grossièrement l’idée actuelle qui me trotte dans la tête : j’ai probablement un trouble considéré comme un handicap (à raison vu que cette société n’est pas adaptée aux autistes) que je gère (seule) et masque (plus ou moins consciemment) depuis dix-huit ans (en ce sens j’ai plus de chances que celleux qui se font diagnostiquer à quarante ans). Condition qui risque de contribuer à l’échec de mes études parce que je ne pourrai jamais supporter la vie universitaire "normale" ni ce qu’elle implique. Mes études… Et ma vie, puisque je serai condamnée à être dépendantes des Autres qui, à quelques exceptions près, ne me comprennent pas et me rejetteront. Voilà globalement où j’en suis, je ne sais pas si l’entrée dans l’âge adulte est aussi chaotique pour tout le monde. Enfin, à priori non au vu de ce que vivent mes pairs/ma génération.