A way to reach out

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mars 2020

J'invente une origine

♦ Hier, j'ai reçu une bouteille à la mer. Je sais qui l'a envoyé, mais je ne connais pas l'identité de la destinatrice. Passé l'émotion qu'elle a provoquée, j'ai réalisé qu'en lisant et en écrivant à propos de cette lettre j'avais fait de moi celle qui serait chargée d'y répondre. Seulement, maintenant que j'y suis confrontée, j'ignore comment m'y prendre. Je pense qu'elle est tombée d'un navire saccagé par une tempête nocturne. Un violent éclair aurait brisé le mât, qui aurait abaissé rapidement un bord d'une planche propulsant la bouteille hors du bateau. (...)

Loin de vous

♦ Il se peut que je déménage à l'étranger après mon BAC (si je l’ai)... Chez ma famille maternelle dans un premier temps, puis dans une maison où je serai seule. C'est mon initiative, elle a beaucoup surpris mon père. Ma mère n'est pas vraiment impressionnée : elle a émigré au Liban à 17 ans. Question voyage, j'ai un an de retard. Quant à mon frère, il est trop occupé à aller en soirée et à fumer je ne sais quoi (le goût de pomme a dû l'induire en erreur) pour s'intéresser à ma vie. Je ne le blâme pas, j'espère simplement qu'il ne sera pas trop surpris de me voir (...)

Fichue mémoire

♦ La vie administrative ne me dérange pas. Mais quand j'entends certains adultes en parler, j'ai l'impression qu'ils se sont retrouvé bloqués dans un escape game et que depuis, ils en sont profondément traumatisés. Pour moi, c'est un jeu, un puzzle, un casse-tête. L'avantage qu'il y a en plus, c'est que ma récompense va au-delà de la simple satisfaction : je peux obtenir des aides, des "bons plans"... En un sens, peut-être que ma conception est trop nonchalante : dans ma courte existence, j'ai dû me confronter à cet aspect de la vie à de rares occasions. Par exemple, j'ai été (...)

C'est pas la fin du monde

♦ Se coucher et programmer son réveil pour être en cours à 9h. Être réveillée plusieurs fois : 4h30 peut-être, 6h, 7h30. Dans le bus : un homme qui se trompe de ligne ; par la fenêtre : un chien qui traverse seul une avenue, son maître qui lui court après. Arriver devant la salle, mettre ses lunettes, voir à travers le carreau que tout le monde est déjà là, être étonnée, les retirer et frapper à la porte. Voir le professeur tourner la tête, déceler malgré la myopie une expression menaçante. Appréhender de grands gestes élancés et une bouche fermée qui s'ouvre à (...)

L'Âne

♦ Il existe des personnes charmantes, des personnes qui vous offensent mais que vous ne pouvez pas vous empêcher de pardonner quand elles reviennent à la charge. Je les admire en les détestant profondément, autant que cette ville dans laquelle je me suis perdue cette après-midi. Rue des Coquelicots, Avenue des Dahlias, arrêt des Riantes Cités... Finalement, je me suis davantage égarée dans mes pensées, Alice aux pays des Médiocrités. Il y a peu : "Je veux faire quelque de grand, sinon mieux vaut mourir"... Comme si j'avais le choix. Je ne vois pas ma vie comme une longue ligne (...)

Hypocondrie intellectuelle

♦ Toujours en retard, j'ai appris aujourd'hui la fermeture de mon lycée "jusqu'à nouvel ordre". Mon enthousiasme a étonné, peut-être a-t-on pensé qu'il était indécent parce je sautais littéralement de joie. Premièrement, la semaine prochaine j'étais sensée avoir une semaine de BAC blanc et je n'avais préparé aucunes fiches (que je ne réutilise jamais d'ailleurs, je fais juste comme on me dit, sans comprendre). Deuxièmement, le lycée est vraiment pénible pour moi même si c'est plus supportable que l'année dernière - une sale époque, un désespoir intense. Il y a aussi (...)

Silbo

♦ Peu importe ton nom. À peine plus qu'un "sifflement pour se dire adieu" il y a un an de cela. Et maintenant, encore, une peine "en écho". Moins qu'un reproche, une vision éphémère d'un envol d'oiseaux. (...)

Félicitations

♦ Une fin de semaine sous pression : j'ai dû suivre dix-sept cours d'introduction à la licence de droit d'en moyenne vingt minutes en complétant à chaque fois un QCM par cours qu'on peut recommencer six fois. J'ai finit hier à 23h50 alors qu'il fallait le rendre à 23h30. Finalement, j'ai pu imprimer et télécharger l'attestation de suivi de cette "formation", malgré mon léger retard. Je suis plus épuisée par mon incompétence notoire que par le stress qu'elle a engendré... Pire : maintenant que j'y pense, j'ai donné tout ce que j'avais pour une feuille nominative où il est (...)

Brûler la politesse

♦ Le désavantage du confinement, c'est qu'on est enfermé avec des personnes qui sont probablement très inquiètes à propos du virus, à juste titre, et qui feront tout pour évacuer leur stress y compris vous utiliser à cet effet. Voilà comment une personne comme moi, qui s'enthousiasmait à l'idée de restée chez elle, s'est retrouvée à avoir une boule au ventre dès qu'elle entend une référence à "celui dont on ne doit pas prononcer le nom". Pourquoi faut-il que je subisse ces gens, ces idées, ce monde qui part en vrille ? Cette décision de confinement, je crois que c'est (...)

Tentative [affre]use

♦ Depuis qu'il y a la mise en place des cours par correspondance, je suis devenue maniaque de l'organisation. Agencer les mails, trier les contacts, actualiser les To Do List... C'est devenu une obsession pour ne pas être submergée. Je n'ai clairement pas besoin de ça alors j'introduis une discipline, dont je fais rarement preuve, dans ma vie... Étonnamment, c'est très relaxant mais si... Comment dire... C'est... Si éloigné de mes écrits habituels. À l'ordinaire, je me pose des questions sur la vie et j'apporte des réponses changeantes, satisfaisantes sur le moment... Je fais (...)

Deux par deux

♦ Je pense à cette terre promise. Je pense à tous les souvenirs que j'ai de cet endroit, toutes les personnes qui y sont liées ; tous ces lieux qui, dans l’œil d'un autre, seraient considérés comme banals, comme une toile de fond ayant peu d'importance alors que c'est bien plus que ça. Ce plafond, ce minuscule espace entre deux maisons, cette cuisine, cette ouverture sans porte d'où dépassait systématiquement une main... Puis plus rien. Le début de ce qui m'a amené à devenir la chose que je suis aujourd'hui. Depuis ce jour, j'y suis retournée deux ans après. La prochaine (...)

Banshee

♦ Accrochage hier soir avec mon frère, après quelques jours de tension. Nous savions tous que ce ne serai pas pour très longtemps. C'est franchement misérable, on dirait des chiens enragés. En général, je n'interviens pas dans ces conflits mais il y a toujours un moment où un d'eux vient à moi afin de me dire avec plus ou moins de véhémence quelque chose que je ne peux pas laisser passer, et je finis presque toujours recroquevillée dans mon coin en pleurs après avoir... Comment dire, ça dépend mais dans tous les cas ce n'est jamais très beau à voir. Ce matin, j'aurai dû (...)

Milles bornes

♦ En ce moment, je fais des cauchemars terribles. Je n'en ai pas vraiment peur, j'en ai même l'habitude à force d'en faire et de me souvenir de leur contenu à partir d'environ quatre ans jusqu'à mes six ou sept ans — comme tout enfant normal. Vers dix ans, mes cauchemars se sont espacés, ils s'effectuaient par périodes et à chaque réveil je me lève avec un mal de crâne manifeste qui dure jusqu'au début d'après-midi. Non, je n'ai pas peur de mes cauchemars, j'entends par-là que je ne suis plus effrayée de leur contenu. Néanmoins, j'ai horreur du moment de réflexion qui suit (...)