A way to reach out

Προμηθεύς

♦ Il y a quelques mois, j’avais lu le journal d’Eric Harris et celui de Dylan Klebold. Outre leur contenu ou ce qu’ils ont fait, j’ai juste repensé à ma propre mort et à mes journaux intimes. Les premiers sont vraiment pitoyables. Exactement le cliché du journal intime, parce que je voulais faire comme tout le monde.
Avec le temps, la pratique est devenue has been mais j’ai (avec certainement d’autres courageux) continué à écrire. Moins par plaisir mais par nécessité. Je suis passée par la peur de l’oubli, la volonté de laisser un héritage intellectuel, la discipline thérapeutique pure et dure pour contrer l’anxiété...
Maintenant… J’aurais presque envie de les brûler, chacun. Qu’ils naissent et finissent en cendre de ma propre main. Je pense souvent à cette anecdote de mon cousin qui avait commencé à écrire un journal intime mais un jour il a cessé et détruit le début de son œuvre. "C’est juste trop dangereux."

On a souvent fait preuve d’une grande curiosité envers mes journaux intimes. Le pire affront venait d’une de mes profs. En première et en plein décrochage scolaire (la fameuse période), j’avais pris l’habitude d’écrire dans mon journal plutôt que de prendre le cours. Un jour, elle m’a surpris et elle m’a arraché ma seule béquille sur le terrain miné qu’était ce lycée. Mon oreille interne… À la fin du cours, elle a fui avec dans la salle des professeurs et à chaque coup de porte, je la voyais en train de lire à travers l’entrebâillement mes 'enseignements' à d’autres vipères en souriant avec son nez de faucon. Le nid était trop haut pour moi. Sous la panique, j’étais dans un état misérable, jetée en pâture aux yeux gigantesques des prédateurs. Réunissant le peu de sang-froid qu’il me restait après une crise de panique devant une fille de ma classe ("Madame ! Elle fait une crise d’angoisse, rendez-lui son livre !" / "Non E., elle n’avait qu’à le garder dans son sac, elle peut faire toutes les crises qu’elle veut, je ne le lui rendrai pas."), j’ai appelé mon père pour qu’il vienne me chercher. Il était mon unique chance… De ne pas finir en prison, pour un acte simplement réactionnaire.
Elle l’a gardé en sa possession tout un week-end. Quand je l’ai retrouvé, mon œuvre était… Recouverte de cafards. Brûlante. Contaminée. Hideuse.
Intouchable.

Et face à cette cruauté sans précédents, tout ce qu’on a trouvé à me dire c’est "Allez voir un établissement spécialisé". J’ai jeté la colère au profit d’un soupir. Que répondre à ça ? C’est abject, abominable, étriqué, déplorable, dérisoire, funeste, honteux, ignoble, indigent, indigne, infâme, insignifiant, lamentable, méprisable, mesquin, minable, misérable, sordide.
Si seulement chaque termes de ce champ lexical pouvait être un coup de pied dans sa gorge pour qu’elle cesse d’hurler sur ses élèves.